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Les 50 États · 1788

50 États, n° 5 : le Connecticut, minuscule mais « État de la Constitution »

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Cinquième épisode de notre série « Les 50 États », qui présente un État chaque soir à 21 h, dans l’ordre de leur entrée dans l’Union. Après le Delaware, la Pennsylvanie, le New Jersey et la Géorgie, voici le Connecticut : un petit État de Nouvelle-Angleterre, voisin de New York, du Massachusetts et du Rhode Island. Il tient sur l’équivalent de deux départements français, mais il se présente officiellement comme « l’État de la Constitution », et ce n’est pas tout à fait de la vantardise.

Carte d’identité

Entrée dans l’Union9 janvier 1788 (5ᵉ État)
CapitaleHartford
Plus grande villeBridgeport
Superficie≈ 14 357 km² (à peu près l’Ille-et-Vilaine et le Morbihan réunis)
Population≈ 3,6 millions d’habitants (recensement 2020)
Surnom« The Constitution State » (l’État de la Constitution)
Devise« Qui Transtulit Sustinet » (celui qui a transplanté soutient toujours)

Avant l’Union

Bien avant l’arrivée des Européens, la région est le territoire de peuples de langue algonquienne, parmi lesquels les Pequots, les Mohegans et les Niantics. Le nom même de l’État vient d’un mot algonquien, Quinnehtukqut, que l’on traduit par « le long fleuve à marée ». En 1614, le navigateur Adriaen Block, au service des Hollandais, remonte le fleuve Connecticut ; en 1633, les Hollandais construisent un fort, la « Maison de l’Espoir », à l’emplacement de l’actuelle Hartford.

Les Anglais arrivent presque aussitôt : un comptoir de commerce s’installe à Windsor en 1633, Wethersfield naît en 1634 et, en 1636, le pasteur Thomas Hooker conduit un groupe de colons venus du Massachusetts fonder Hartford. L’année suivante, la colonie entre en guerre contre les Pequots. Le 26 mai 1637, les colons anglais et leurs alliés autochtones incendient le village fortifié de Mystic : plusieurs centaines de Pequots y meurent, dont de nombreux enfants. Sur environ 3 000 Pequots, quelque 200 survivent à la guerre. En 1638, des puritains fondent une seconde colonie à New Haven. En 1662, John Winthrop Jr. obtient du roi une charte qui réunit les deux colonies, fusion achevée en 1665 ; ce texte servira de constitution au Connecticut pendant 156 ans.

Pendant la guerre d’Indépendance, le Connecticut accueille un moment clé de l’alliance avec la France. En mai 1781, George Washington et le comte de Rochambeau se retrouvent plusieurs jours à Wethersfield, dans la maison du marchand Joseph Webb, et y arrêtent un plan de campagne commun. Il mènera, quelques mois plus tard, à la victoire de Yorktown.

Cinquième à entrer dans l’Union

Le Connecticut a déjà marqué la Constitution avant même de la ratifier. À Philadelphie, en 1787, ses trois délégués, Roger Sherman, Oliver Ellsworth et William Samuel Johnson, se trouvent au cœur de la querelle entre grands et petits États sur la représentation au Congrès. Leur délégation soutient le « compromis du Connecticut » : une Chambre des représentants élue en fonction de la population, et un Sénat où chaque État pèse autant que les autres. C’est toujours l’architecture du Congrès aujourd’hui.

De retour chez eux, les trois hommes plaident pour la ratification. Ellsworth ouvre les débats le 4 janvier 1788 avec un argument très concret : sans union solide, le Connecticut, qui vit du commerce, paie de lourdes taxes sur ses importations à ses voisins, à commencer par New York. Le 9 janvier 1788, la convention réunie à Hartford approuve la Constitution par 128 voix contre 40. Le Connecticut devient le cinquième État à la ratifier, une semaine après la Géorgie.

Hartford, capitale de l’assurance

Au XIXᵉ siècle, le petit État se fait un nom dans un domaine inattendu : l’assurance. Né du commerce fluvial, le métier s’organise à Hartford, où la Hartford Fire Insurance Company reçoit sa charte en 1810. Le grand incendie de New York, en décembre 1835, ruine la plupart des assureurs new-yorkais, et Hartford en sort renforcée : la ville gagne le surnom de « capitale mondiale de l’assurance ».

En 1839, le Connecticut se retrouve au centre d’une affaire liée à la traite. Des Africains captifs à bord de la goélette espagnole Amistad se révoltent en mer ; le navire est intercepté au large de Long Island et remorqué jusqu’à New London. Les captifs sont emprisonnés à New Haven et à Hartford pendant que l’affaire remonte de tribunal en tribunal. Le 9 mars 1841, la Cour suprême des États-Unis les déclare libres, et les 35 survivants regagnent la Sierra Leone grâce à des dons privés.

De 1874 à 1891, Mark Twain vit à Hartford avec sa famille. C’est là qu’il écrit notamment Les Aventures de Tom Sawyer et Les Aventures de Huckleberry Finn. Sa voisine s’appelle Harriet Beecher Stowe, l’autrice de La Case de l’oncle Tom. Pour un seul voisinage, cela fait beaucoup de littérature.

Ce qui surprend un Français

D’abord, ce surnom officiel, « The Constitution State », adopté par l’assemblée de l’État en 1959. Il renvoie aux Ordres fondamentaux, votés le 14 janvier 1639 par les colons de Windsor, Hartford et Wethersfield pour se donner un gouvernement commun. Quelques mois plus tôt, le 31 mai 1638, Thomas Hooker avait prêché à Hartford que « le fondement de l’autorité repose d’abord sur le libre consentement du peuple ». Les Ordres ont longtemps été présentés comme la première constitution écrite ; des historiens d’aujourd’hui discutent ce titre, mais le surnom est resté.

Ensuite, le téléphone. Le 28 janvier 1878, à New Haven, la District Telephone Company met en service le premier central téléphonique commercial du monde, imaginé par George Coy, un ancien télégraphiste. Grâce à son standard, un abonné peut être relié à plusieurs autres. Ils sont 21 au départ, et paient 1,50 dollar par mois. Le 21 février suivant, Coy imprime la liste de ses abonnés sur une seule page : 50 noms, et ce qui est considéré comme le premier annuaire téléphonique du monde.

Dernière curiosité : jusqu’en 1875, le Connecticut avait deux capitales, Hartford et New Haven, et son assemblée siégeait tour à tour dans l’une et dans l’autre.

L’État aujourd’hui

Le Connecticut reste l’un des grands pôles américains de l’assurance et des services financiers, aux côtés de la santé et des biosciences, avec Hartford pour place forte historique. L’État compte environ 3,6 millions d’habitants et une plus grande ville, Bridgeport, qui dépasse à peine les 148 000 habitants. Il est aussi connu pour l’université Yale, fondée en 1701, l’une des plus anciennes du pays, installée à New Haven.

Si vous y passez

À Hartford, la Mark Twain House & Museum fait visiter la grande maison victorienne où l’écrivain a vécu dix-sept ans et écrit ses romans les plus célèbres. À Wethersfield, le Webb-Deane-Stevens Museum ouvre la maison Webb, où Washington et Rochambeau ont préparé la campagne de Yorktown. Sur la côte, le Mystic Seaport Museum conserve le Charles W. Morgan, lancé en 1841, dernier baleinier en bois au monde.

Ce qu’il faut retenir

  • Le 9 janvier 1788, le Connecticut est le cinquième État à ratifier une Constitution qu’il avait contribué à façonner avec le « compromis du Connecticut ».
  • Troisième plus petit État du pays, il est officiellement « l’État de la Constitution » depuis 1959, en souvenir des Ordres fondamentaux de 1639.
  • En 1878, New Haven inaugure le premier central téléphonique commercial du monde, suivi du premier annuaire.

Épisode suivant : le Massachusetts.

Faits vérifiés le 11 octobre 2026.

Sources officielles

Pour aller plus loin

Cet article est une information générale, vérifiée à la date indiquée. Ce n’est ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal ou financier. Les règles changent : vérifiez auprès des organismes cités ou d’un professionnel avant de décider.

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