Histoire des États-Unis
La statue de la Liberté
Elle était couleur cuivre, brillante comme une pièce neuve. Et sous sa robe, il n’y a pas de pierre : il y a un squelette de fer dessiné par Gustave Eiffel, des années avant sa tour. La statue de la Liberté, symbole le plus célèbre des États-Unis, a été pensée en France, payée par des Français, construite à Paris, puis livrée à New York en plus de 200 caisses. Elle est inaugurée le 28 octobre 1886 : il y a 140 ans. Son nom officiel : la Liberté éclairant le monde.
Une idée française
Au départ, il y a Édouard de Laboulaye, juriste français admirateur de la jeune démocratie américaine, et un sculpteur alsacien, Frédéric Auguste Bartholdi. On date souvent l’idée d’un dîner de 1865 ; le service des parcs nationaux américains y voit plutôt une légende et place la vraie conception vers 1870. Le but, lui, est clair : fêter le centenaire de l’indépendance américaine, la fin de la guerre de Sécession et l’amitié entre les deux pays.
Bartholdi a déjà rêvé d’un colosse : quelques années plus tôt, il avait proposé une statue-phare géante pour l’entrée du canal de Suez, refusée parce qu’elle coûtait trop cher. En 1871, il traverse l’Atlantique et choisit une petite île à l’entrée du port de New York, Bedloe’s Island, aujourd’hui Liberty Island.
En 1875, l’Union franco-américaine lance la collecte et fixe le partage : la statue pour la France, le piédestal pour les Américains. En France, la collecte prend des années (fêtes publiques, spectacles, souscriptions, et même une loterie en 1878). L’État français ne paie rien : ce sont les Français eux-mêmes qui financent la statue.
Une statue en pièces détachées
En 1876, pour le centenaire, la statue n’est pas prête. Bartholdi envoie donc… un bras : le bras droit et la torche sont exposés à Philadelphie, puis installés dans le parc de Madison Square, à New York, jusqu’en 1882. Pour quelques cents, les curieux montent au balcon de la torche. En 1878, c’est la tête qui se montre à l’Exposition universelle de Paris.
À partir de 1881, la statue est assemblée à Paris, rue de Chazelles, dans les ateliers de Gaget, Gauthier et Cie. Sa peau est faite d’environ 300 plaques de cuivre martelées, épaisses d’environ 2,4 mm : à peu près deux pièces de un cent. Une peau aussi fine ne tient pas debout toute seule.
Le squelette d’Eiffel
Le premier ingénieur, Viollet-le-Duc, prévoyait de remplir le bas de la statue de maçonnerie ; il meurt en 1879. Bartholdi fait alors appel à un spécialiste des ponts métalliques : Gustave Eiffel. Eiffel remplace la pierre par un pylône de fer et accroche la peau de cuivre à une armature souple, faite de barres qui jouent comme des ressorts. Par grand vent, la statue bouge légèrement, sans se déchirer.
Le 4 juillet 1884, à Paris, la statue terminée est remise officiellement aux États-Unis, à leur représentant Levi Morton. Puis on la démonte : plus de 200 caisses partent pour New York à bord d’un navire de la Marine française, l’Isère, qui arrive le 17 juin 1885. Mais le piédestal n’est pas fini, et la statue attend sur l’île, en pièces détachées.
Le piédestal qui n’avait pas d’argent
Côté américain, l’architecte Richard Morris Hunt a dessiné le piédestal, mais en 1885 l’argent manque et le chantier s’arrête. Joseph Pulitzer, propriétaire du journal The World, lance alors un appel aux dons et promet de publier le nom de chaque donateur, quel que soit le montant. Son argument : cette statue est un cadeau de tout le peuple de France à tout le peuple d’Amérique. Le journal publie aussi des lettres, dont celles d’enfants qui ont cassé leur tirelire.
En six mois environ, The World réunit plus de 100 000 dollars auprès de plus de 120 000 donateurs ; la plupart ont donné un dollar ou moins. Le piédestal de la statue la plus célèbre du pays a donc été payé, en grande partie, par des pièces de monnaie. Pour la même collecte, la poétesse new-yorkaise Emma Lazarus écrit en 1883 un sonnet, Le Nouveau Colosse, gravé en 1903 sur une plaque de bronze à l’intérieur du piédestal.
28 octobre 1886
Le piédestal est terminé en 1886. Le remontage prend environ quatre mois : d’abord le squelette d’Eiffel, puis la peau de cuivre, plaque par plaque, hissée par des grues, sans échafaudage. Le 28 octobre 1886, sous la pluie et dans le brouillard, le président Grover Cleveland inaugure la statue. Ce jour-là, à Manhattan, les employés de la Bourse jettent par les fenêtres des rubans de téléscripteur : c’est la première « ticker-tape parade » de New York.
| La statue en chiffres | |
|---|---|
| Hauteur de la statue | 46 m |
| Du sol à la torche | 93 m |
| Marches jusqu’à la couronne | 377 |
| Épaisseur de la peau de cuivre | ≈ 2,4 mm |
| Caisses envoyées à New York | plus de 200 |
| Donateurs du piédestal (The World) | plus de 120 000 |
| Visiteurs par an | ≈ 3,7 millions |
Dans sa main gauche, une tablette porte la date du 4 juillet 1776, en chiffres romains : celle de la Déclaration d’indépendance. À ses pieds, des chaînes brisées rappellent la fin de l’esclavage, et son pied droit est levé : elle avance. Le visage serait celui de la mère de Bartholdi ? Les historiens en débattent encore ; aucun document ne le tranche.
Pourquoi elle est verte
Pendant une quinzaine d’années, la statue sert aussi de phare, gérée par le service des phares ; sa torche éclaire à peine. Surtout, elle change de couleur. Le jour de l’inauguration, elle a la couleur du cuivre neuf. Avec l’air, l’humidité et le sel du port, le cuivre s’oxyde : elle brunit, puis verdit au début du XXe siècle. En 1906, le Congrès vote environ 62 000 dollars pour la repeindre ; devant les protestations, le projet est abandonné. Tant mieux : cette couche verte, le vert-de-gris, protège le cuivre en dessous.
140 ans plus tard
Le 30 juillet 1916, l’explosion d’un dépôt de munitions à Black Tom, dans le New Jersey, œuvre de saboteurs allemands, endommage le bras : la torche est fermée au public depuis. La statue devient monument national en 1924 et le service des parcs nationaux la gère depuis 1933. Restaurée pour ses 100 ans, elle rouvre le 5 juillet 1986 avec une nouvelle torche à la flamme couverte de feuille d’or. Et Paris a sa petite sœur : en 1889, les Américains de Paris offrent une réplique au quart de la taille, sur l’île aux Cygnes, au milieu de la Seine.
Ce qu’il faut retenir
- La statue de la Liberté a été conçue, financée et fabriquée en France ; New York a reçu le cadeau, et l’original est bien parisien.
- Sa peau de cuivre d’environ 2,4 mm tient grâce au squelette de fer souple de Gustave Eiffel.
- Couleur cuivre en 1886, elle a verdi au début du XXe siècle : le vert-de-gris la protège.
Faits vérifiés le 22 octobre 2026.
La version courte
Sources officielles
- National Park Service, Statue of Liberty Facts
- National Park Service, Creating the Statue of Liberty
- National Park Service, Joseph Pulitzer
- National Park Service, Pulitzer — In Depth
- National Park Service, Park Statistics
- National Archives (Prologue), Body of Iron, Soul of Fire (14/10/2024)
- HISTORY.com, Statue of Liberty
- HISTORY.com, Why is the Statue of Liberty green?
- Smithsonian Magazine, The Statue of Liberty Was Originally a Muslim Woman
- PhillyHistory, Delayed Centennial Gift
- Statue of Liberty-Ellis Island Foundation, Emma Lazarus
- French American Cultural Foundation, La statue de l'île aux Cygnes
- Wikipedia (EN), Statue of Liberty
Pour aller plus loin
Cet article est une information générale, vérifiée à la date indiquée. Ce n’est ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal ou financier. Les règles changent : vérifiez auprès des organismes cités ou d’un professionnel avant de décider.
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